Samedi prochain… stop ou encore ?


Voici où en sont arrivés les médias ! Samedi matin, alors que la manifestation parisienne rassemblait beaucoup moins de monde que prévu et que la « foule » était pour le moins clairsemée sur les Champs-Élysées et qu’elle était plutôt calme, les images de violence n’étaient pas là ! Drame pour les tubes à images fortes, manque d’accroche pour nourrir les envolées d’émotions. Mais soudain, un sujet ! Une trottinette était en feu. Vite, clic la photo, clac sur les réseaux… C’est parti mon coco. Affligeant et désespérant, sans nul doute. Mais surtout cela doit nous interroger.

Quelques premiers éléments nouveaux après les manifestations d’hier peuvent nous éclairer sur les modalités de poursuite d’une colère sociale dont on mesure bien, malgré les dévoiements et les agitateurs et pillards qu’elle agrège, ses réelles racines.Le mouvement peut s’arrêter… mais l’inverse peut aussi se produire.

LES GILETS JAUNES

Leur appel à la mobilisation n’a pas rencontré en nombre le succès attendu. Un gilet jaune s’écriait samedi matin sur les Champs-Élysées : « Où sont les Français ? » Pas à ses côtés. Mais des dizaines de milliers de personnes (un peu plus de 130.000) se sont encore rassemblés dans le pays.

Leurs membres les plus extrêmes qui ne négligent pas le coup de poing, ou programment les attaques ultra-violentes contre les forces de l’ordre… ainsi que ceux qui les  infiltrent pour les mêmes raisons inadmissibles, ont été rapidement et largement neutralisés par une police et une gendarmerie heureusement plus efficaces. Les niveaux de tension et de dégradations ont baissé. Avant que d’autres forces,  dans l’après-midi ne prennent le relai.

Les soi-disant porte-parole, ces autoproclamés en quête de minutes de célébrités sur les plateaux TV et face aux caméras de l’irresponsable info continue, n’ont plus l’assentiment passif et encore moins le soutien des manifestants. Certains avaient été déjà largement contestés (Benjamin Cauchy, Éric Drouet…), et dès vendredi, après avoir été reçu par le premier ministre Édouard Philippe, le porte-parole Christophe Chalençon avait appelé les gilets jaunes à ne pas manifester à Paris. L’image de Jean-François Barnaba, cet ancien directeur de conservatoire payé depuis 10 ans sous statut de « fonctionnaire momentanément privé d’emploi » (2.600 euros net) enfariné par ceux qu’ils prétendait défendre a révélé un point essentiel : il n’y a pas réellement de porte-parole officiel porteur de revendications partagées.

 Le refus de la récupération politique a été une expression nouvelle des manifestants. Il suffit de voir François Ruffin le « dégagiste » dégagé, sur terres, par les manifestants pour mesurer la portée de ce souhait fermement affiché. L’olibrius chaud bouillant a pris un sacré coup de froid. À ce rythme,dans quelques semaines le picard sera congelé. La majorité des gilets jaunes ne demande pas la dissolution de l’Assemblée nationale ou la démission du président de la République.

LES CASSEURS

Un fait, pas vraiment nouveau mais d’une grande visibilité hier, s’est révélé : les « casseurs-pillards » prennent le relai des manifestants dès l’instant où ils commencent à se retirer. Bien peu, sinon aucun, n’est intéressé par les mots d’ordre et le sens des cortèges qu’ils n’intègrent d’ailleurs pas ou très peu. Ils sont issus pour beaucoup de qu’il est convenu de nommer « les banlieues » et ils viennent pour casser. Casser du flic, casser des vitrines pour voler. Cela est d’autant plus aisé quand les manifestations mal définies, pas encadrées et infiltrées elle-même par des agitateurs, ressemblent à des émeutes. Ces casseurs sont à l’origine des plus spectaculaires dégradations. Ils savent faire image, notamment avec des voitures brûlées, dont flammes et fumées feront le tour du monde. Ces voyous,en nombre assez important, sont aussi le signe d’une fracture de la société et d’une faiblesse politique quant à la gestion sociale et sécuritaire de quartiers « périphériques ».

LES POLITIQUES

On dira, mais nous savons qu’on peut être démenti d’une minute à l’autre puisque l’irresponsabilité les guide pour la plupart depuis des semaines, qu’ils ont « calmé » les esprits. Enfin, pas tous car bien sûr à gauche, hormis le Parti socialiste(à faible voix), ni Jean-Luc Mélenchon (évidemment) ni Benoît Hamon n’ont voulu dénoncer et prévenir les violences… attribuées d’avance et par principe à Emmanuel Macron. Sentiment partagé, est-il besoin de le préciser, par Marine Le Pen. Il est vrai qu’on attend rien d’autre d’eux. D’ailleurs tous feraient bien de lire attentivement les sondages abordant le « futur » où aucun d’entre eux n’est crédité d’un score flatteur à la question « Qui ferait mieux qu’Emmanuel Macron ? » Parmi eux, Marine Le Pen se dégageant toutefois en tête.

OPTIMISME OU INQUIÉTUDE POUR DEMAIN

Tout le monde attend la prise de parole du président de la République. Soit dit en passant,c’est bien la traduction d’un pays centralisé qui attend tout d’une sorte de« Dieu » aux pouvoirs infinis. La gestion de l’économie apparaît encore pour nombre de Français, et je ne pense pas seulement aux fonctionnaires et aux entreprises dont l’État est actionnaire, comme pouvant être déterminé par le politique… d’un claquement de doigt. Les dieux font des miracles, alors pourquoi pas Emmanuel Macron ? C’est aussi le fonctionnement de la Vème République.

Cette parole sera donc très importante. Elle donnera, je l’espère, des réponses concrètes significatives. Il est évident aussi qu’elle fixera une « feuille de route », une méthodologie pour que toutes les voix soient entendues dans un échange croisé permettant à chacun de mesurer les possibilités et les conséquences. Car il y a toujours des conséquences. Enfin, à l’évidence puisque c’est justement ce qui semble passer au-dessus ou en-dessous des radars de l’énarchie, il faudra répondre à des situations différentes de territoires, de structures économiques, etc. Une « régionalisation » est indispensable. Comme cela demande du temps et ne relève pas du simple Oui ou Non, il est à craindre que le propos ne satisfasse pas tout le monde.

On peut redouter aussi que certains porte-parole que l’on voit encore sur quelques plateaux de télévision protestent avec véhémence, nourris qu’ils sont de leurs obsessions hallucinées. Car disons-le, nous voyons parfois des spectacles – les chaînes d’information continue adorent le spectacle… et ce faisant détruisent l’information– qui feront, assemblés demain en florilège, un bel exemple de perdition…lorsque l’on est fou de rage ou idéologiquement enragé.

 Je n’attends guère mieux des politiques qui de toute manière ne visent qu’à tenter de faire tomber Emmanuel Macron et avec lui les institutions. Il sera intéressant de voir plus tard – mais en y travaillant dès aujourd’hui – si des accointances avec des puissances étrangères ne sont d’ailleurs pas étrangères à leur détermination.

C’est le côté pessimiste… alors que nous avons vu des signes de maturité commencer à poindre. Il y en a deux principaux. Le premier relève du pouvoir qui bien que légitimement en devoir d’appliquer son programme doit l’adapter, reconnaître ses erreurs et sans changer de cap, définir un nouveau plan d’application avec notamment le volet social qu’il avait promis au Français. Le second relève de ceux qui seront invités aux tables de négociations et de co-construction. Les gilets jaunes en premiers à la condition qu’ils puissent rapidement, au niveau national comme au niveau régional, avoir des représentants représentatifs et crédibles. C’est possible, cela semble s’amorcer. Enfin les syndicats (qui devraient s’interroger sur leur incapacité à mobiliser, ou si faiblement, alors que la colère sociale emprunte d’autres chemins que ceux qu’ils proposent) et les associations, vont devoir aussi faire valoir leurs qualités avec des propositions pour débloquer la situation et aider à construire un avenir commun. Les syndicats et organisations patronales sont dans la même obligation de responsabilité… et il est vrai que l’on doute de leur volonté d’écoute. Le temps est venu d’arrêter, pour tous, de rester enfermé dans sa surdité. Sinon les fractures persisteront ainsi que, régulièrement, les affrontements.

 

Un avis sur “Samedi prochain… stop ou encore ?

  1. Je partage ton analyse des attentes des « gilets jaunes » et ta lecture des responsabilités des uns et des autres. Il y a urgence à engager un autre mode de fonctionnement de la démocratie pour aller vers une approche décentralisée. Garder le cap avec les grands objectifs et axes communs et une mise en œuvre prenant en compte les réalités sociales, économiques et géographiques « régionales ». La « jeunesse » des élus en marche devrait être un atout pour aller vers d’autres approches …..pour peu qu’ils s’affranchissent des pratiques antérieures. C’est possible.

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